Le territoire le plus septentrional et le plus grand du Canada est également sa région la moins densément peuplée. Le Nunavut est l’un des quatre territoires inuits au Canada et c’est le lieu de résidence des personnes qui parlent la famille de langues inuktut. Préoccupé par la diminution de l’usage de l’inuktut sur le territoire par rapport à l’anglais et au français, le gouvernement du Nunavut a collaboré avec Microsoft, en utilisant Microsoft Translator, qui fait partie des services cognitifs de Microsoft Azure, pour aider à renforcer les liens entre les locuteurs d’inuktut et ceux qui parlent les langues officielles du reste du Canada, l’anglais et le français.
“Nous avons contribué à l’élaboration d’un outil qui permet de protéger le droit de la plupart des employés du gouvernement du Nunavut à travailler dans leur langue préférée, l’inuktitut, et de préserver nos langues autochtones. C’est passionnant.”
Stéphane Cloutier, directeur des langues officielles (retraité), gouvernement du Nunavut
Renforcer les langues inuites face au changement
Avec plus de 2 millions de kilomètres carrés, le territoire du Nunavut est presque de la taille de l’Arabie saoudite, pour une population équivalente à un millième. Parmi cette population éparse de 36 858 Canadiens, 85 % sont des Inuits. Originaires de l’Arctique, les Inuits du Nunavut partagent une ascendance commune avec les quelques 115 000 Inuits répartis dans le Nord circumpolaire, dans d’autres territoires canadiens, en Alaska, au Groenland et en Sibérie. Grâce à l’ingéniosité, aux compétences et aux techniques développées au fil des millénaires, les Inuits ont prospéré, développant une langue complexe façonnée par une relation intime avec l’un des territoires les plus reculés et les plus rudes de la planète. Cette ingéniosité a aidé les Inuits à s’adapter aux changements et aux défis posés par les colons européens dans l’Arctique.
Bon nombre de ces changements constituent une menace pour la culture inuite et les langues qui la soutiennent. Il suffit d’une ou deux générations d’usage réduit pour menacer la survie d’une langue. L’héritage des politiques éducatives assimilatrices dans l’Arctique signifie que de nombreux Inuits grandissent maintenant sans une solide connaissance de l’inuktut, une famille de langues inuites qui comprend les deux langues prédominantes autochtones du territoire. L’inuktitut et ses divers dialectes sont parlés sur l’ensemble du territoire, avec l’inuinnaqtun utilisé dans certaines parties de la région de Kitikmeot et dans des terres inuites voisines conservant nombre de signes culturels importants qui perpétuent leurs traditions.
Des fonctionnaires et des membres visionnaires de la communauté du Nunavut, qui luttent contre cette marée montante depuis des années, ont récemment fait appel aux technologies les plus récentes afin d’encourager l’usage populaire de l’inuktut. Ils ont fait part à Microsoft de leurs espoirs et de leurs aspirations, et se sont informés sur le service de traduction automatique multilingue Microsoft Translator, qui fait partie des services cognitifs de Microsoft Azure. Une équipe pluridisciplinaire a collaboré avec Microsoft pour ajouter les langues inuktitut et inuinnaqtun à Microsoft Translator, disponible sous forme d’application mobile ou de service en ligne.
Imaginer un monde où la langue de chacun soit comprise
Kristen McCallum est une lycéenne typique, accaparée par son équipe de soccer, son école, ses amis et sa famille. Cette jeune fille de 17 ans vit à Cambridge Bay, dans la région de Kitikmeot au Nunavut, et a grandi en parlant l’anglais. Mais en tant que jeune Inuk, Kristen McCallum veut communiquer avec sa grand-mère dans leur propre langue. Elle ressent vivement le manque d’expérience précoce dans ses efforts pour apprendre l’inuinnaqtun. Kristen McCallum ressent cette perte de lien lorsqu’elle veut discuter avec des aînés à l’épicerie et avec des personnes de son âge venant d’autres régions du Nunavut. « Lors des tournois sportifs, je me sentais toujours exclue parce que je ne pouvais pas parler couramment », dit-elle. « Je souhaite vraiment que notre langue et notre culture se perpétuent avec la prochaine génération, je suis donc ravie de voir ma sœur, qui a l’âge de la maternelle, apprendre la langue et l’utiliser dans sa vie quotidienne. »
L’aîné inuit Noah Kudlak, sculpteur professionnel et mentor pour les jeunes, a grandi en parlant l’inuktitut. « Je m’efforce de transmettre l’inuktitut à nos jeunes, afin qu’ils puissent maintenir des liens solides avec leur communauté, nos aînés et nos dirigeants », dit-il. « Je leur enseigne le respect de la terre, de leurs aînés et de nos origines – les choses importantes ». Il voit le potentiel pour les anglophones et les francophones d’apprendre à connaître son peuple à travers la langue. « L’utilisation de Microsoft Translator peut grandement contribuer à mettre les personnes de cultures différentes en contact les unes avec les autres », dit Noah Kudlak. « Je crois qu’en ayant une meilleure compréhension entre anglophones, francophones et Inuits au Nunavut, nous devenons une meilleure communauté. »
C’est ce que pense James Howard, conseiller des étudiants au Nunavut Arctic College. De langue maternelle anglaise, James Howard a travaillé dur pour apprendre à parler l’inuktitut aussi bien que ses jeunes enfants. Ils maîtrisent aussi l’inuinnaqtun. Il se demande à quel point ses progrès auraient pu être plus rapides avec une technologie comme Microsoft Translator. « Je constate une résurgence de nos langues », dit-il. « Les Inuits aiment que les visiteurs essaient de parler en inuktitut ou en inuinnaqtun. Cela témoigne d’un respect pour les langues et la culture. Avec des applications comme Tusaalanga et Microsoft Translator, les gens apprennent les mots dont ils ont besoin pour communiquer et propager la langue. »
C’est pourquoi des représentants comme l’honorable David Joanasie, ministre des Services communautaires et gouvernementaux du Nunavut, se font un devoir de s’exprimer en inuktitut dans le cadre de leurs activités publiques. « Cela fait une grande différence lorsque j’utilise l’inuktitut en public », dit-il. « Les gens me félicitent parfois, mais je pense que ça devrait normal servir les citoyens dans leur langue. »
Répondre aux réalités quotidiennes dans un territoire multilingue
Stéphane Cloutier a apporté sa passion pour la préservation de la famille de langues inuktut à son poste de directeur des langues officielles au gouvernement du Nunavut. Maintenant retraité, il continue de soutenir le programme qu’il a lancé en 2008, qui favorise une législation garantissant la protection de la famille de langues inuktut dans tout le Nunavut, des bureaux gouvernementaux et lieux de travail aux écoles et aux programmes pour les jeunes enfants. Mais Stéphane Cloutier est catégorique : la préservation d’une langue ne se limite pas à la volonté politique. « Nous avons besoin d’outils pour aider les employés à accomplir leurs tâches dans la langue que nous voulons protéger », explique-t-il. « L’utilisation de technologies informatiques, comme les correcteurs orthographiques pour l’inuktitut et les applications d’apprentissage des langues, constitue une ressource importante pour soutenir cet objectif. »
L’honorable Joanna Quassa, ministre de la Culture et du Patrimoine du gouvernement du Nunavut, a discuté de l’importance de préserver les langues menacées. « Nous devons pratiquer une langue pour la maintenir en vie », insiste-t-elle. « Je crois que cet outil nous aidera à promouvoir notre langue. Il est très important que la jeune génération continue à parler l’inuktitut afin qu’elle puisse avoir plus de liens, qu’elle soit en mesure de discuter et d’écouter les histoires de leurs aînés. »
Elle ajoute que même si le gouvernement du Nunavut emploie des traducteurs pour traduire les documents de l’anglais vers l’inuktitut et l’inuinnaqtun, ce petit groupe laborieux a besoin de plus d’outils. Ce groupe limité est quelque peu entravé par les pertes que les langues autochtones ont subies, ce qui entraîne des incohérences. Au cours du siècle dernier, des représentants non inuits et d’autres parties externes ont adopté des approches disparates pour créer un inuktitut écrit, et les différences, même dans un seul dialecte parlé par des communautés isolées, ont créé d’autres incohérences. En l’absence de dictionnaires standards et d’un guide unique et définitif pour les langues, la confusion quant à la façon dont une phrase donnée doit être traduite s’ajoute au temps et à la difficulté de tenir les médias gouvernementaux à jour. De plus, la liste d’attente pour les services de traduction est longue : il faut environ deux mois à une équipe de cinq traducteurs pour traduire un document de 300 pages.
Les traducteurs, une ressource rare, ne peuvent pas être partout, non plus. Bien que le système de santé les emploie, les problèmes de capacité signifient qu’ils ne sont pas toujours disponibles pour aider un ancien unilingue à communiquer avec le personnel hospitalier qui ne parle pas la même langue. Mais une application comme Microsoft Translator peut être invoquée, comme un génie, sur l’écran d’un appareil mobile.
Rassembler une équipe passionnée
Le groupe des technologies de l’information du gouvernement du Nunavut avait développé un service de traduction linguistique en ligne, mais sans mise à jour importante, il ne pouvait pas fonctionner avec l’écosystème informatique modernisé déployé par le gouvernement du Nunavut en 2020. Dean Wells, dirigeant principal de l’informatique du gouvernement du Nunavut, a demandé l’aide de Marc-André Groulx, Microsoft Customer Success Account Manager (CSAM). Conseiller de confiance, M. Groulx lui a fait découvrir le service Microsoft Translator fonctionnant avec l’IA. M. Wells et son équipe ont accueilli favorablement l’idée de soutenir la communauté grâce à une technologie de pointe. « On n’a pas souvent l’occasion de préserver une langue », dit M. Wells. « Ce projet a de profondes répercussions sur les élèves et leurs enseignants, le traitement médical des patients unilingues et la communauté dans son ensemble. »
Une équipe diversifiée a mené le projet. Le groupe de M. Wells a travaillé sur l’infrastructure, la bande passante et la gestion de projet. Karri Gillis, analyste des systèmes de gestion du gouvernement du Nunavut, a agi à titre de responsable de la technologie, assurant la coordination entre l’équipe informatique et les ministres du gouvernement et d’autres responsables. Elle a travaillé en partenariat avec Michèle Guignard, consultante au ministère de la Culture et du Patrimoine du gouvernement du Nunavut, qui a géré la plateforme technologique pour la traduction des langues, en travaillant à l’ajout de vocabulaire et à l’amélioration des traductions.
Dans un premier temps, l’équipe a travaillé avec Microsoft pour ajouter la langue inuktitut à Microsoft Translator, l’ajout de l’inuinnaqtun intervenant dans un deuxième temps. Étant donné que les traducteurs du gouvernement du Nunavut qui contribuent au projet se consacrent aux documents gouvernementaux, la version actuelle de Microsoft Translator pour l’inuktitut et l’inuinnaqtun est plus adaptée au langage plus formel des documents et rapports officiels. « Mais nous intégrons d’autres formes de discours dans Microsoft Translator pour soutenir les conversations quotidiennes », dit Me Gillis. « Les livres pour enfants seront une partie importante, tout comme les communications avec les aînés et les conversations médicales. L’ajout de fonctionnalités de conversion de la parole en texte pour l’inuktut améliorera encore la facilité d’utilisation ». Elle attend avec impatience une version future qui permettrait de connecter des applications de photo mobiles à Microsoft Translator afin que les gens puissent l’utiliser pour traduire rapidement le texte d’un écriteau.
Établir une passerelle linguistique entre les gens
Le travail accompli jusqu’à présent a été laborieux, mais le désir de l’équipe de continuer ne cesse de croître. Comme ses coéquipiers des TI, Me Guignard est enthousiaste quant aux retombées de leur travail. « Ce projet avec Microsoft Translator ouvre l’accès à la traduction à un groupe de personnes beaucoup plus large », déclare-t-elle. « L’échange fonctionne dans les deux sens, en rendant le monde extérieur plus accessible aux Inuits unilingues et en faisant découvrir les langues inuktut aux autres. C’est une passerelle entre deux cultures très différentes. »
Le ministre Joanasie met l’accent sur la facilité. « Notre langue fait partie intégrante de nous. La pratiquer doit être aussi facile que respirer », dit-il. « Je pense souvent aux différences dialectiques qui rendent les interactions plus difficiles pour les gens. J’essaie d’en tenir compte et d’enrichir mon vocabulaire pour renforcer mes compétences linguistiques. L’utilisation de Microsoft Translator peut aider chacun d’entre nous à maîtriser les langues, que nous soyons des locuteurs natifs ou non. C’est mon espoir pour notre territoire. »
Daniel Cuerrier, qui est devenu directeur du Bureau de la traduction après la retraite de M. Cloutier, est désireux de poursuivre le travail. « Nous sommes impatients de continuer à alimenter l’outil Microsoft Translator en exemples linguistiques afin d’améliorer sa précision », dit-il.
M. Cloutier revient sur le projet auquel lui et M. Wells ont travaillé avec une telle intensité. « J’étais sceptique au début quant au fait qu’une application pilotée par intelligence artificielle puisse traduire efficacement une langue aussi complexe que l’inuktitut », se rappelle-t-il. « Mais les résultats sont clairs, ça fonctionne! Un outil de traduction ne peut pas remplacer la communication linguistique entre humains, mais peut aider à la revitalisation des langues. Nous avons contribué à l’élaboration d’un outil qui permet de protéger le droit de la plupart des employés du gouvernement du Nunavut à travailler dans leur langue préférée, l’inuktitut, et de préserver nos langues autochtones. C’est passionnant. »
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“L’utilisation de Microsoft Translator peut grandement contribuer à mettre les personnes de cultures différentes en contact les unes avec les autres. Je crois qu’en ayant une meilleure compréhension entre anglophones, francophones et Inuits au Nunavut, nous devenons une meilleure communauté.”
Noah Kudlak, sculpteur, enseignant et aîné de la communauté, Nunavut
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